Pourquoi choisir la colocation entre une famille, des séniors et des étudiants ?

Dès le début de notre aventure, notre souhait a été de ne pas créer une institution médico-sociale (ce n’est pas notre métier), mais simplement d’ouvrir un peu notre vie de famille à des personnes isolées.

Cette idée fondamentale a accompagné toutes les étapes de la naissance de La Grande Roche et les 10 années de réflexion qui l’ont précédée.

Lorsque nous avons commencé à imaginer ce projet, nous n’avions ni modèle tout fait, ni cahier des charges à suivre. Nous avions seulement une conviction, nourrie par les nombreuses personnes âgées que nous rencontrions alors. Beaucoup ne redoutaient pas seulement la perte d’autonomie, mais surtout la solitude, le silence d’une maison devenue trop grande, la disparition progressive des petites joies du quotidien.

Toutes ne souhaitaient pas vivre seules jusqu’au bout et toutes n’avaient pas non plus besoin d’un établissement médicalisé.

Entre ces deux réalités, il nous semblait qu’il existait une place pour une autre façon d’habiter. 

Repartir de la vie quotidienne

Pendant plusieurs années, nous avons pris le temps de rencontrer des familles, des professionnels de santé, des responsables d’EHPAD, des infirmières, des auxiliaires de vie, la Maison départementale de l’Autonomie de la Mayenne et d’autres porteurs de projets partout en France.

Ces échanges nous ont beaucoup appris.

Même si la question du bâtiment revenait souvent (difficile de quitter son « chez-soi » quand on y a tous ses souvenirs…), beaucoup évoquaient le rêve de partager un repas, d’entendre de la vie dans la maison, de pouvoir compter sur quelqu’un en cas de besoin, tout en gardant leur indépendance et leurs habitudes. 

C’est à partir de ces aspirations très simples que La Grande Roche a progressivement pris forme.

Une maison avant tout

Nous avons alors compris que le projet ne devait pas ressembler à une structure pensée autour d’un dispositif. Il devait d’abord ressembler à une maison. Une maison où chacun dispose de son espace privé, reçoit ses proches, organise ses journées comme il l’entend, ferme la porte de sa chambre lorsqu’il souhaite être tranquille et rejoint les autres lorsque l’envie est là.

Une maison où les liens se créent naturellement, sans programme imposé. Une maison où la vie quotidienne garde toute sa place.

Cette vision nous a conduits assez naturellement vers le choix d’une colocation de droit commun.

La simplicité comme principe

Le choix d’un contrat de location classique n’est pas un hasard, il traduit une philosophie. À La Grande Roche, chaque habitant vit chez lui. Il conserve son médecin, ses intervenants habituels, ses aides à domicile, ses habitudes de vie, ses relations de voisinage et sa liberté d’organiser son quotidien.

La maison reste pleinement intégrée dans son environnement. Les professionnels du territoire continuent d’y intervenir comme ils le feraient dans n’importe quel domicile, en lien avec les familles et les partenaires locaux.

Ce fonctionnement favorise la continuité des accompagnements et laisse à chacun la possibilité de construire un quotidien qui lui ressemble.

Une famille qui habite à côté

L’autre choix fondateur du projet tient à notre propre présence en tant que famille.

Nous vivons et travaillons à proximité immédiate de la maison. Cette proximité n’a jamais eu vocation à remplacer les professionnels, dont les compétences sont essentielles. Elle permet simplement d’apporter ce qu’aucune organisation ne peut véritablement programmer : une présence discrète, des échanges spontanés, une attention portée aux petits détails, une aide ponctuelle, un café partagé ou une fête célébrée ensemble.

La vie d’une maison se construit souvent dans ces moments ordinaires. Ils ne figurent dans aucun règlement intérieur et pourtant ils donnent toute sa saveur au quotidien.

Un projet construit avec les autres

Lorsque nous regardons le chemin parcouru, nous mesurons combien La Grande Roche est le fruit d’une aventure collective.

Le projet immobilier a évolué plusieurs fois. Nous sommes passés de l’idée d’un petit hameau à celle d’une maison partagée. Les questions juridiques, fiscales, comptables ou financières ont demandé beaucoup de réflexion. Certaines réponses ne sont apparues qu’au fil des rencontres.

Notre comptable a joué un rôle précieux. Notre banque a accepté d’accompagner un projet qui ne ressemblait à aucun autre. Des amis entrepreneurs, des bénévoles, des professionnels du médico-social et de nombreux partenaires nous ont aidés à avancer. Chacun y a déposé une pierre.

Le choix de la lenteur

Avec le recul, nous sommes heureux de ne pas avoir cherché à aller vite.

Ces dix années nous ont permis d’affiner le projet, d’écarter certaines idées, d’en faire naître d’autres et de vérifier, pas à pas, que les fondations étaient suffisamment solides.

Dans une société où tout invite à accélérer, il nous semble que certains projets ont besoin de temps pour mûrir. Du temps pour se rencontrer, du temps pour écouter, du temps pour changer d’avis parfois aussi. Du temps pour construire des relations de confiance.

Une maison qui continue de s’écrire

Aujourd’hui encore, La Grande Roche évolue. Chaque nouvel habitant apporte sa personnalité. Les familles enrichissent la vie de la maison. Les partenaires font grandir le projet par leur simple présence. De nouvelles idées émergent régulièrement.

Au fond, nous n’avons jamais cherché à inventer un nouveau modèle. Nous avons simplement essayé de créer un lieu où l’on puisse continuer à vivre comme dans une maison de famille.

Une maison où chacun garde sa liberté, son intimité et son histoire, tout en retrouvant ce qui devient parfois le plus précieux avec les années : la joie toute simple de vivre entouré.