Il y a des projets qui naissent vite. Et d’autres… qui demandent du temps ! La Grande Roche fait partie de ceux-là.

Pendant presque une décennie, l’idée d’ouvrir un peu de notre vie de famille à des personnes âgées isolées a cheminé, d’abord avec ma femme, puis avec nos enfants. Nous avons écrit, rêvé, partagé, essayé même (en nous trompant parfois !).

Nous avons rencontré des porteurs de projets un peu partout en France, échangé avec des professionnels du médico-social, des médecins, infirmières, auxiliaires de vie, ou encore avec la Maison de l’autonomie du Département de la Mayenne.

Surtout, nous avons pris le temps d’écouter les premiers concernés : des personnes âgées que nous accompagnions déjà. Leurs besoins, leurs peurs, leurs rêves aussi.

Au départ, nous imaginions recréer un petit hameau de maisons. Puis l’immobilier (après 3 ans de recherches !) en a décidé autrement. Les propriétaires d’un château en vente dont ils n’arrivaient pas à se séparer, ont été touchés par notre projet. De fil en aiguille, de peurs en certitudes, le projet est né, sous forme d’une maison partagée, une colocation entre une famille, 4 ou 5 séniors et 2 étudiants.

Pendant ces années, beaucoup de choses sont restées floues : le modèle juridique, l’équilibre économique, l’accompagnement en soin des personnes âgées avec l’arrivée de dépendances éventuelles…

Heureusement, sur le chemin, il y a eu beaucoup de monde : un comptable patient devenu copilote du projet (merci Grégoire Janvrin), un banquier qui a tout de suite cru en nous alors que les autres nous fermaient leurs portes (merci Jerome Cherruault et Crédit Mutuel de Maine-Anjou et Basse-Normandie), des amis entrepreneurs (merci Philippe Royer notamment, et tant d’autres avec lui), ou encore des proches qui nous ont encouragés quand le projet semblait improbable, trop fou, trop risqué.

Ce genre d’initiative a une particularité : elle est totalement hybride (merci Gabrielle Halpern de nous avoir tant inspirés !) ne rentre dans aucune case. Ni vraiment médico-sociale, ni vraiment immobilière, ni vraiment entrepreneuriale. Juste un projet familial qui vient s’intégrer dans nos aventures professionnelles respectives. Tout en assurant sa pérennité et la sécurité tant des colocs que de notre famille.

Alors nous avons avancé, lentement, autrement, en tâtonnant, en faisant confiance à la Providence qui nous a ouvert des portes parfois totalement inattendues.

Et je crois aujourd’hui que cette lenteur a été une réelle chance. Parce qu’elle nous a obligés à vérifier la solidité du projet, à écouter, à ajuster, à construire avec d’autres, avec humilité et passion. Pas à chercher la rentabilité maximale, mais la justesse et la pérennité.

Nous nous sommes lancés le jour où, sans que tout soit parfait, tous les feux semblaient enfin au vert.

Et depuis, le projet continue de s’écrire. Avec les colocataires. Avec les partenaires (dont l’EHPAD voisin, devenu un vivier d’amis pour la coloc !). Avec tous ceux qui passent par La Grande Roche et qui en font son ouverture et sa richesse au quotidien.

Au fond, c’est peut-être ça le secret : les projets qui prennent du temps sont souvent ceux qui se construisent vraiment ensemble. Et dans un monde obsédé par la vitesse et l’efficacité, je crois que nous avons besoin de ces projets-là.

Des projets un peu lents.

Un peu fragiles.

Mais profondément humains.